
L’enfance nue est le premier long métrage de Maurice Pialat, réalisé en 1968. Ayant apprécié le court métrage ” L’amour existe” de Pialat, réalisé en 1961, François Truffaut et Claude Berri produise le film. Là encore, Pialat s’attache au thème de l’enfance et ici en l’occurrence du placement des enfants de l’assistance publique. On pourrait dire que c’est un drame de l’enfance (abandonnée). Ce film n’a pas eu du succès (un flop) lors de sa sortie en salle malgré de bonnes critiques.
L’enfance Nue, c’est l’histoire d’une jeune François, un gamin de l’assistance publique, turbulent. Certains diraient que c’est un petit sauvageon. Il est placé dans une famille.Après des petits larcins et autres bêtises, sa première famille veut s’en séparer. Il va attérir chez un couple de retraité “Les Thierry” qui vont s’attacher à lui. Mémère et Pépère vont se comporter comme s’ils étaient ses parents biologiques. Mais le jeune françois va continuer à faire le caïd. Après une grosse bêtise, il sera placé dans un centre.
Comme dans “La Maison des bois“, on retrouve le thème de l’enfant abandonné qui essaie de se trouver une famille. Le petit Hervé était un peu espiègle, François lui est une petite teigne mais il aime bien mémère quand celle-ci le réconforte.
Comme toujours, les acteurs jouent leur rôle avec une parfaite justesse. François est le personnage principal. On est pris d’affection pour ce gosse malgré toutes les bêtises. Tous, les acteurs laissent une trace de par leur interprétation. . Au début du film, on aime la venue du directeur de la D.DA.S qui vient assurer le service après adoption chez les premiers parents. Simone, la première mère adoptive, est à bout et ne le supporte plus. On a l’impression qu’elle l’a pris pour tenir compagnie à sa fille dont elle ne veut pas qu’elle soit seule. Elle fait deux traitements différents lui doit dormir sur le palier et n’a pas sa propre chambre. La mère nous fait quelques répliques croustillantes bien que cruelles. ” vous m’enlèverais de la tête que c’est pas des enfants comme les autres, toute façon, ces enfants on sait pas d’où ils viennent“. On sent bien qu’elle a rien à faire de François. En revanche, chez le second couple, c’est différent. Mémère se comporte comme si c’était son véritable enfant. Elle accueille déjà un enfant du nom de Raoul. On sent qu’elle aime les enfants. Elle est très protectrice. Même à la fin quand, il a commis de graves bêtises, elle le défend encore. “Vous savez, il a un bon fond”. Mais mémère est parfois dure, pour punir François elle serait prête à l’envoyer à l’école avec un slip dans le dos. Pépère lui partage ses souvenirs en lui montrant ses photos de famille. Chez “les thierry”, on sent qu’il y a la volonté de l’intégrer dans la famille, même si ca n’est pas toujours facile. A la fin, on sent que François les considère comme ses parents en leur écrivant une lettre pleine d’émotion pour leur signifier qu’ils lui manquent. Enfin il convient de souligner que ceux sont les acteurs qui ont écrit leur dialogue en particulier pour le couple de retraités. Ils jouent le même rôle qu’ils jouent dans leur vie. Mémère est frappante de vérité.
Comme à son habitude, Pialat filme en plans séquence. Il fait des plan large puis resert sur les personnage en plan américain. Pas de gros plan. On aime sa simplicité de filmer. On a presque l’impression que c’est un reportage sur un enfant de l’assistance publique. L’histoire n’est pas romancée, le ton est toujours grave. François n’est pas considéré comme le héros du film, bien que le directeur de la D.D.A.S vienne prendre nouvelles de ses exploits. C’est peut être ce qui marque la non classification de Pialat dans la Nouvelle Vague qui est un cinéma beaucoup plus narcissique.
A travers ce film, on voit la difficulté de l’adoption. Dans un cas, les parents nourrissiers n’ont que faire de l’enfant. Certains prenaient des enfants pour se changer les idées. Et quand les parents se comportent comme si c’était leur véritable enfant, ils sont confrontés au coté sauvage du gosse. D’autre part, chez les enfants de l’assistance, les suicides des enfants sont importants. Pialat s’en voudra de ne pas avoir aborder le problème dans son film : “Comment se fait-il que moi j’ai éliminé tout ça et que ca ne figure. Enfin l’enfance nue, c’est un peu le vécu de Pialat, même s’il le dira lui même que ce n’est pas autobiographique. Il dira “Je me suis raconté d’une façon détourné” Lui aussi, il a un peu le sentiment d’avoir été abandonné par ses parents : un père coureur de jupon et une mère trop attaché au père.
Comme dans tous ces films, à la fin, on reste sans voix. Pialat réussit toujours à nous faire passer un message. C’est peut être ça la force du cinéma nous faire passer des émotions fortes. C’est film bouleversant car il n’est pas pleurnichard, il est réaliste et juste.
Bon, je sais que vous n’allez pas courir acheter le dvd mais je vous conseille de voir ce film si vous avez l’occasion. Il vaut véritable le coup. Bien sur, il ne faut pas vous attendre à de l’action en cascade et des effets spéciaux.